Jeudi 29 mai – 20 heures – terrasse d’un café – Paris XVIIIème.
« J’ai gagné au Loto ! » s’écrie une jeune fille brune, déboulant, sur-excitée du bureau de tabac d’en face. Éberluée, son amie, assisse à la terrasse du café, n’en croit pas ses oreilles.
- T’as gagné ? Mais combien ?
La jeune fille brune, en larme, exulte :
- J’ai gagné 10 000 euros !
Un murmure parcourt la terrasse du café, les conversations s’arrêtent, les regards sont suspendus aux lèvres de l’heureuse gagnante.
« – On va pouvoir partir en vacances !
Hystériques, les deux jeunes filles se serrent dans les bras l’une de l’autre, sautillent, trépignent, hurlent, n’en reviennent pas.
- On part en Italie ! convient l’une d’elle.
- Oui à Milan, on part à Milan…
- Vous payez votre tournée ? Lance un jeune homme opportuniste.
- Bien sûr ! Tournée générale ! Qu’est-ce qu’on boit ?
S’en suit une longue scène d’hésitation… Que boire en de telles circonstances ?
- Un truc qui me fait penser à l’Italie !
- Oui… Un Campari ! On boit du Campari !
Et c’est à cet instant précis qu’un serveur vêtu de noir surgit un plateau à la main, distribuant des verres de Campari à l’assemblée estomaquée… Nous comprenons soudain que cette belle anecdote n’était que publicité. Une publicité vivante. Un happening de marque. De l’advertliving. The truman show n’est pas loin. La publicité surgit désormais dans ma vie, à la terrasse de mon café, dans l’anecdote du samedi soir…
A quand le couple qui s’embrasse au resto pour vanter les services de Meetic ? A quand un enfant qui braille, en vrai, au cinéma pour nous rappeler combien il est sage d’user de préservatifs Manix ? A quand le livreur de pizza qui vient sonner chez moi et qui me dit d’un air goguenard : « J’parie que vous n’avez rien prévu à dîner… Margarita? Orientale ? Quatre Fromages ? Chez Pizza-Hut, nos pizzas sont à moitié prix, jusqu’à minuit ! ».